17 juin 2010
La tête en friche (ou en larmes)
Quelle douce surprise ai-je eu la chance d’avoir au cinéma récemment! Un film français, La Tête en Friche, avec pour acteurs principaux notre Gégé national et Madame Gisèle Casadesus. Déjà Gégé, il me fait de plus en plus d’effets, je trouve qu’il se bonifie avec le temps, comme un bon vin, un grand cru. Quant à Gisèle Casadesus, c’est une grande actrice de la Comédie Française qui approche gaillardement de son centième anniversaire. Un couple étonnant sur le papier mais qui illumine littéralement l’écran et le visage des spectateurs. Jean Becker réalise un film remarquable, touchant et délicat sur la vieillesse, la culture, la maternité.
Depardieu y interprète Germain, un pauvre bougre qui vit dans un caravane dans le jardin de sa peste de mère. Il est bon Germain, il est gentil comme tout et il entretient un magnifique potager, mais Germain ne connait pas grand chose aux livres, aux mots, aux auteurs. Germain s’est fait tout seul et la seule grammaire qu’il connaisse, c’est celle de la débrouille. Margueritte est une vieille dame qui loge en maison de retraite et qui passe ses après midi à lire au parc. Cette petite chose fragile ne vit que pour et par les livres, elle semble tous les connaitre et pour Germain c’est aussi éblouissant qu’angoissant. Comment réagir quand on se retrouve face à ses propres « manques » culturels? Et à qui la faute? Heureusement Margueritte est patiente et Germain a trop bon cœur pour la décevoir, quitte à paraitre bizarre aux yeux de ses copains. Sans en avoir l’air, la vieille dame va apprendre à Germain une nouvelle manière de voir la vie.
Ici pas de moral, pas de jugement particulier, c’est un film qui ne se veut pas une leçon de vie ni une accusation. Les deux acteurs brodent tout en finesse l’histoire d’une rencontre, l’histoire d’une transmission, l’histoire d’une renaissance. Non seulement, on (re)découvre le plaisir de la lecture, plaisir donné par quelques mots mis bout à bout, mais en plus on réalise que la gentillesse simple et sans arrière pensée est aussi attirante, aussi touchante qu’une logorrhée intellectuelle, aussi belle soit elle.
D’ailleurs Becker n’hésite pas à mettre l’accent sur le fait que même dans le dictionnaire, il manque plein de choses. La preuve, Germain n’y trouve qu’une seule variété de tomates alors que lui en connait des centaines. Se cultiver et cultiver son potager semblent être deux activités bien différentes, et pourtant… la culture n’est pas uniquement dans les livres, mais aussi dans la vie. Même si le film se termine bien, je suis sortie de la salle en larmes. La preuve en image que les mots guérissent.







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