Futiles (mais pas que)

25 mars 2011

L’étrangère

J’ai très récemment eu le privilège d’assister à la projection d’un film qui sera sur nos écrans le 20 Avril. Si au début le titre français ne m’a pas fait réagir, il m’a suffit de voir son titre original pour que l’intérêt me prenne aux tripes. L’étrangère (Die Fremde) a représenté l’Allemagne aux Oscars, il fut nommé à Tribeca, à Angers, au German Films Awards et j’en passe. Cette pluie de récompenses est d’autant plus épatante que ce film est le premier long métrage de Feo Aladag, comédienne et journaliste de son état. Après quelques cours de cinéma, elle s’est découvert un (juste) intérêt pour les fameux « crimes d’honneur » qui font les gorges chaudes de la presse allemande. Les enquêtes et les lectures auxquelles s’est adonné Feo Aladag lui ont permis de mettre sur pied un film humain et fort, comme un simple regard porté sur une histoire singulière aux résonances universelles.

Le film nous plonge dans la dure vie de Umay, une jeune Germano-turque ayant grandi en Allemagne mais qui, depuis son mariage, vit en Turquie avec la famille de son époux. Malheureusement pour elle, ce mari est violent avec elle comme avec leur fils, et c’est pour protéger celui ci qu’elle décide de fuir. Seule, elle retourne en Allemagne afin de trouver refuge chez ses parents, mais le poids des traditions, même dans une famille des plus aimante et soudée, est trop lourd. Pour « l’honneur » de la famille et pour sa réputation au sein de la communauté, frères, sœur, mère et père vont s’opposer au désir d’émancipation d’Umay. Mais celle ci cherche par tous les moyens (et en vain) à devenir indépendante, après une vie de soumission et d’appartenance aux hommes, époux, frères et père. Car c’est de cela dont il s’agit : la femme ne pourrait pas s’épanouir par elle même, et doit rester la propriété de son mari, seul à avoir le moindre droit sur elle et ses choix.

Et ce n’est pas une question de religion, tout tient aux traditions, à l’image. Malgré l’amour que chacun porte à Umay, ils se sentent obligés de la rejeter, de la détruire, de la sacrifié sur l’autel de l’honneur. Et sur celui du machisme. D’où la naissance de ce profond dilemme que tous vont vivre, car il est impossible d’aimer ET d’accepter la différence de cette jeune femme qui ne demande que la liberté.

Étant elle même comédienne, la réalisatrice avoue avoir beaucoup travaillé sur le jeu de ses acteurs, dont la majeure partie fait ses premiers pas à l’écran. Ce choix est positivement sensible à l’écran ; chaque comédien semble être allé puiser au fond de ses entrailles pour en extirper une explosion d’émotions. Tous dans ce casting sont fantastiques, dignes et incarnent avec la délicatesse nécessaire des personnages en plein calvaire. Évidemment, Sibel Kekilli (Umay) a plus que mérité ses nominations de meilleure actrice. Mais ses partenaires masculins sont tout autant fabuleux, car ils parviennent à faire jaillir par un regard, la souffrance de leur situation.

Face à l’absurdité de ces traditions, nos protagonistes sont perdus, cherchent une issue, une réponse ; comment rester fidèle à sa culture, à ses racines, sans aller contre ses sentiments et contre ce que l’on désir profondément?

Ce film n’est pas un jugement sur une quelconque communauté « d’immigrés », ni même un portrait de celle ci, il s’agit juste d’une vie qui par beaucoup de points ressemble à celles vécues par de nombreuses femmes victimes de cet horrible machisme institutionnel. Quel que soit la religion ou la communauté concernée.

Un film terriblement vrai, un film terriblement actuel et absolument indispensable.

Je laisse le mot de la fin à la réalisatrice : « Au fond, ce film évoque le désir universel d’être aimé par ses proches pour ce que l’on est, et non pour le style de vie qu’on a choisi ».

PS : L’histoire n’est pas la même, mais sur le fond, celui de l’affrontement entre vie moderne et tradition, j’ai envie d’évoquer The Jewish Connection.

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